Orchestration irrationnelle, logique arachnéenne – Peter Flemming – Commissaire Eric Mattson


2016-17, À venir, Expositions

08/06/17 – 01/07/17

ORCHESTRATION IRRATIONNELLE, LOGIQUE ARACHNÉENNE – Peter Flemming – Commissaire: Eric Mattson

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Peter Flemming aurait pu se tourner vers les sciences pures, mais ne voulant se laisser contraindre ni par la rigueur d’une profession ni par des impératifs techniques, il a décidé, pour notre plus grand plaisir, d’exister libre de toute attache. Artiste donc, il se métamorphose au besoin en architecte, en ingénieur ou en physicien. Ses œuvres reposent sur ses recherches en mécanique et en robotique, en physique, en informatique mais aussi en architecture, et en toutes sciences qui présentent des théorèmes ou des dogmes qu’ils détournent de façon intuitive de leurs applications premières.

Dans les jours précédant l’exposition, Peter Flemming agit en architecte intuitif, il prend possession de l’ensemble de la galerie, des murs au plafond, de la porte d’entrée à la mezzanine, jusqu’au moindre recoin.

L’œuvre se déploie, heure après heure, à partir des piliers centraux de l’espace principal, transformés pour l’occasion en deux bobines solénoïdes qui constituent des circuits résonants, source sonore principale de l’ensemble. L’œuvre est constituée d’un entrelacs de fils, de poulies, de machines programmées de contrôle ou d’analyse, de lumières couplées à des gradateurs, d’unités de création aussi de diffusion sonores, de bras mécanisés, et surtout d’objets hétéroclites sortis du quotidien pour être suspendus. Tel l’arachnide évoquée dans le titre, d’une espèce jusque là inconnue, l’artiste tisse une toile qui se déploie dans tout l’espace de la galerie, de ses périphéries à son centre, l’ensemble existant grâce à un savant équilibre entre ses divers éléments.

Orchestration irrationnelle, logique arachnéenne se conçoit comme un théâtre d’effigies où les objets manufacturés trouvés sur place s’affirment comme sujets, évocateurs de sens nouveaux, offerts à l’imagination du visiteur, en décalage total avec leur usage commun. Les objets en mouvement voient leur expressivité renforcée par l’étrangeté même de cet usage. La galerie devient une scène d’une pièce en un acte non réaliste, un monde onirique et déstabilisant où l’apesanteur semble régner.

L’œuvre est une joyeuse interprétation du chaos tel que l’arachnide doit le ressentir lorsque son ouvrage est soumis aux intempéries. Des analyses diverses (mouvements, luminosité, volume sonore, humidité…) modulent grâce à des cycles de rétroactions la forme initiale de cet organisme analogique, dont les mouvements à prime abord répétitifs atteignent progressivement un état complexe au bord de la faillite et de la rupture.

Nous voici englués dans (sur) cette toile. L’artiste ne doit pas être bien loin, attentif à nos regards, à nos déplacements, attentif aux moindres vibrations (variations) que la toile lui communiquera, lui indiquant que nous sommes captifs. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : ce réseau complexe et intriguant, en mouvement qui semble perpétuel, aimante notre regard et notre audition ; c’est une sensation agréable qui se dégage, qui nous donne le désir d’être happé d’avantage dans cette toile, de vivre son étrange légèreté.

Peter Flemming est un artiste à plein temps, un professeur à temps partiel. Ses recherches incluent l’architecture intuitive, la physique informelle, l’électromagnétisme, la radio, les réseaux de neuromimes et de neurones, l’énergie solaire, les saunas. Le travail de Flemming interroge l’écologie biotique mais aussi technologique dans des installations in-situ et des performances dont la résolution passe par l’intuition et l’expérimentation.

Eric Mattson est un commissaire indépendant dans les domaines de la musique électronique, de l’art sonore, des nouveaux médias et de l’art Brut. Il est également programmateur pour des événements en arts et culture numériques au Québec, au Canada ainsi qu’à l’international